Le jargon administratif du CNAM est souvent la première épreuve à valider pour les auditeurs. Face à la longueur d'un cursus en cours du soir (parfois 4 à 6 ans), la tentation est grande de vouloir raccourcir le chemin en faisant valoir son expérience de terrain. C'est ici qu'interviennent deux dispositifs aux acronymes très proches mais aux finalités radicalement différentes : la VAE et la VAPP.
Faut-il monter un dossier VAE ou demander une VAPP ? La réponse dépend entièrement de la durée de votre expérience et de votre objectif immédiat.
1. La VAPP : Le "Pass d'entrée" pour contourner les prérequis scolaires
La VAPP (Validation des Acquis Personnels et Professionnels) est un dispositif d'admission.
Son rôle unique : elle permet de faire sauter les prérequis scolaires exigés pour entrer dans une formation. Si le cursus (comme l'EiCnam ou une Licence 3) exige un Bac+2 scientifique et que vous n'en avez pas, la VAPP est votre solution.
Ce qu'elle ne fait pas : la VAPP ne vous donne aucun crédit ECTS et ne valide aucune matière. Vous devrez suivre et valider la totalité du programme prévu.
Pour quel profil : vous avez environ 3 à 10 ans d'expérience technique mais êtes autodidacte, ou vous avez un diplôme hors domaine et souhaitez vous reconvertir en ingénierie informatique.
La procédure et les délais : la VAPP est reconnue comme étant une démarche relativement rapide. Des auditeurs témoignent avoir assisté à une réunion obligatoire en juillet, envoyé leur fiche de contact mi-août, et reçu un avis favorable de la commission début octobre. Il s'agit donc d'une procédure qui se boucle en 2 à 3 mois.
2. La VAE : Le "Générateur de crédits" basé sur votre passé
La VAE (Validation des Acquis de l'Expérience) est un dispositif de diplomation.
Son rôle : elle permet d'obtenir un diplôme complet ou de valider des blocs d'UE en prouvant que votre expérience professionnelle vous a déjà permis d'acquérir les connaissances enseignées au CNAM. La VAE permet de transformer des années de travail directement en crédits ECTS.
Ce qu'elle ne fait pas : elle ne s'obtient pas facilement ni rapidement. Le mythe de la VAE "raccourci magique" tombe souvent à l'eau face à la réalité de la plateforme DIVA.
Pour quel profil : le CNAM exige officiellement un minimum légal d'un an d'expérience, mais c'est trompeur. Lors des réunions VAE pour le diplôme d'ingénieur, les conseillers précisent qu'un candidat avec un Bac+2 initial aura généralement besoin de 10 à 15 ans d'expérience à un poste de niveau ingénieur pour avoir la matière suffisante. C'est la voie idéale pour les professionnels très seniors qui souhaitent une reconnaissance sociale de tâches qu'ils effectuent déjà depuis des années.
La procédure et les délais : la plateforme DIVA nécessite de renseigner un volume colossal d'informations. Le CNAM annonce lui-même entre 6 et 9 mois de travail personnel de rédaction. Dans les faits, le processus global s'étale souvent sur 1 an à 1 an et demi.
3. Le match des contraintes : VAE ou VAPP ?
Pour bien choisir, posez-vous ces trois questions :
Avez-vous la bonne expérience ? Si vous voulez faire valider des modules très théoriques (mathématiques fondamentales, algèbre), la VAE sera extrêmement compliquée à défendre, car il est rare d'utiliser ces notions pures en entreprise. Pour les UE pratiques (comme l'UAEP04), la communauté conseille d'indiquer "100 %" de couverture — ne soyez pas trop modeste.
Êtes-vous prêt à rédiger ? La VAPP exige un simple dossier retraçant votre parcours. La VAE exige un rapport dense détaillant vos réalisations à la première personne ("Je"), en proscrivant les descriptions globales d'équipe. Il faut prouver sa technicité face à un jury d'universitaires.
Voulez-vous apprendre de nouvelles choses ? La VAE certifie ce que vous savez déjà faire. La VAPP vous oblige à suivre les cours. Si votre objectif est de combler des lacunes ou de vous mettre à jour techniquement, la VAPP est à privilégier.
4. Ne confondez pas avec la VES !
Un troisième acronyme vient souvent semer le trouble : la VES (Validation de l'Enseignement Supérieur). Contrairement à la VAE (qui se base sur le travail) ou à la VAPP (qui valide un niveau d'entrée), la VES permet de faire sauter des UE grâce à des diplômes scolaires ou universitaires que vous possédez déjà. Si vous avez déjà validé une matière dans une autre université, vous pouvez demander une VES pour vous en faire dispenser et économiser le temps (et le coût) de ces UE au CNAM.
En conclusion : si vous avez une très forte séniorité (10+ ans) et du temps pour rédiger un rapport massif sans vouloir retourner sur les bancs de l'école, optez pour la VAE. Si vous avez un parcours atypique ou une expérience plus courte et que vous avez soif d'apprendre via les cours du CNAM, la VAPP est faite pour vous.